TOUT EST UNE MÉMOIRE

par Aurélie Thibault

J’aurais
sorti David Bowie du Labyrinthe
vendu un aller simple Air Transat
aux oiseaux migratoires
appris comment la foutue
boussole d’or fonctionne
joué au Ouija
dans le tunnel Wellington le silo no. 5

volé la relique du cœur du frère André
à l’Oratoire mâché les vitraux
prié sur toutes les marches pour
finir vite brûlée vive sentir
sa catéchèse parmi les particules de l’encens

j’aurais
couru après le facteur défoncé les vitres
d’un magasin de musique téléchargé
sa salive sur internet

dans les ondes osseuses du mercredi
dans les voiles les fleurs les vidanges
dans l’eau de lune dans les souffleuses à neige

mais comment est-ce qu’il
tambourine encore à l’hospice de ma chair.

· · ·

[Aurélie préfère écrire en mauve et en gris. Il y a, d’une part, des situations singulières, et de l’autre, des moutons de poussière. Tellement qu’on pourrait finir par croire en trois choses: l’éloquence des épingles à couche, la trajectoire définie des frissons et l’identité des pannes de courant. Elle s’intéresse à la ligne fine entre la banalité et la magie et aux sonorités en tant que ponctuation d’un regard féminin et éternellement adolescent. Elle a publié dans les revues Nyx, Moebius et Paupière, aux Éditions du drame et dans plusieurs collectifs.]