par Karel Bélanger
I
Je suis la dentelle que tu portes
dans un autre rêve
dans celui-ci
je combats les nouveaux silences
pieds écorchés un jour d’anniversaire
j’ai vingt et un an je suis
un oiseau sanglant dont le cri
hurle à l’envers
si je pouvais
je mourrais dans cet autre rêve
II
À mon fils
Tu ne sauras pas ma solitude
mais ne te protège pas des premières fois
danse
sur les planchers de poussière
le front mouillé
de musique d’avril
III
Je suis très proche
de l’injure
presqu’un soleil raté
dessiné par cette version de moi
qui aimait le vertige
un jour
je réinventerai l’hiver
et personne ne sera surpris
IV
Je suis l’heure précise
où l’enfance s’est défenestrée
un bout de papier qui porte ton nom
un garçon pyromane dans un parc
je sais bien
quel genre de poème donne
la honte
puisque
ton nom refuse de brûler
un jour
on me trouvera
mort dans ma plus belle chemise
ce sera
la preuve
V
Je sais maintenant que les rêves se tiennent
au bord des vides électriques
entre les étoiles ordinaires
et la soif
VI
Chaque matin
je me tiens comme l’os unique
d’un appartement
qui se prend pour ma maison d’enfance
finalement
la solitude
est une fille que j’ai rencontrée au bar
canines saillantes
bottes délacées
mais j’oublie l’important
les oiseaux peut-être
le café dans le micro-onde
le visage de mes amis
du primaire
.
[Bio.]