par Pierre-Luc Gagné
Dans la mort fictive de mon daron je prie
souvent le temps me percute le cou et me ramène à la réalité le
géniteur soi-disant père respire toujours au cœur du Bas-Saint-
Laurent sa soixante-dizaine avancée décline rien de doux aux
dires de plusieurs sa fatigue ne néglige aucune ligne un symbole
de vérité
il accumule les jours ouvrables entre la radio country locale et
les séjours à l’hôpital il vit en autonomie modeste joueur de
hockey d’une ligue nationale de narcissisme les deuils se
fracassent des brûlures de gorge aux cigarettes écrasées les
heures révèlent des défis qui ne s’allument qu’à la chandelle
le legs offert de ses mains est une faiblesse mes
responsabilités tombent lorsque l’envie me prend de parcourir
autrement mes minutes la bonne conduite ne porte aucun drapeau
dans sa cour j’ai attrapé le savoir-vivre avant lui la vision
sauvage n’inspire pas la quiétude
puisons la force de l’intérieur
son départ terrestre est une fiction pour l’instant tout appelle
vers la fin mais les invincibles ne portent pas toujours la
bonne peau tout vibre encore dans la chimio des veines
prêt à l’écrire au passé établir un dialogue entre le fantôme et
le je avoir été spermé par celui qui mûrit l’envol
ma fiction élucide la mort du daron au creux de mon vivant
habiter le départ ne rien garder l’inclure aux mémoires des
autres en faire bourreau
et dans l’instant précis l’existence décloisonnant les terres je
m’offre des horizons aux couleurs multiples.
· · ·
[Pierre-Luc Gagné est né à Rimouski, quelques mois avant le référendum de 1995. Il étudie en travail social au cégep de Rimouski avant de se diriger vers les lettres et le cinéma à l’Université Laval. Son activité créatrice s’intéresse aux formes de l’intime. Il a publié trois livres aux éditions Hamac, en plus de codiriger le collectif de nouvelles En ces territoires, nos pas divergent (L’instant même, 2025). Les éclats de ma marraine gothique est sa plus récente parution (L’instant même, 2026).]